الجمعة، 9 ديسمبر، 2011

Une route à proximité du pont de Faqra : danger en perspective ?

Une route à proximité du pont de Faqra : danger en perspective ? Par Suzanne BAAKLINI | vendredi, décembre 9, 2011 Le pont tel qu’on le voit à partir du point le plus proche de la route. Il ne se trouve qu’à quelques centaines de mètres à peine. Ce n’est pas la première fois que le pont naturel de Faqra fait parler de lui. Après la polémique autour d’un projet de construction de gradins sur l’ouvrage, c’est aujourd’hui une nouvelle route dans ses environs qui inquiète les écologistes. Le pont naturel de Faqra, véritable chef-d’œuvre de la nature, apparaît au détour d’une route sinueuse de montagne, dans les hauteurs du Kesrouan. Jusque-là, il n’était entouré que de roches naturellement sculptées, caractéristiques de la région. Or, depuis peu, les choses risquent de changer. À partir du pont, en faisant un effort, on aperçoit, à même pas 500 mètres, une route qui sillonne la colline d’en face. L’écologiste Mazen Abboud, qui en a révélé la construction aux médias il y a quelques jours à peine, montre du doigt la ligne qui serpente la colline, presque imperceptible à cette distance. «Elle est même couverte de bitume, il ne s’agit pas d’une route agricole», fait-il remarquer. Les travaux de construction de la route ne sont pas ce qui inquiète le plus les écologistes. Janine Somma, géologue à l’Université Saint-Joseph, craint que «l’ouverture de nouvelles routes et le lotissement de terrains n’aboutissent à un boom de constructions qui défigurerait les environs du pont et causerait une pollution de l’air, du sol et de l’eau, très nuisible au site». Faqra est en effet une région prisée pour son climat et sa beauté naturelle, avec ses cimes enneigées l’hiver. De nombreux complexes de chalets apparaissent en construction dans la localité, qui viennent s’ajouter aux plus anciens. Le pont, il faut le préciser, est un site protégé par une loi de 1939 et par deux décrets d’application de 1942 et 1974. Mais la zone tampon prévue par cette très ancienne loi ne dépasse pas les 300 mètres, ce que les écologistes estiment insuffisant. De ce fait, la route actuellement en construction ne transgresse aucune loi, même si elle suscite des inquiétudes. Tony Akiki, membre du conseil municipal de Kfardebiane (où se trouve Faqra), relativise le problème. «Il ne s’agit pas d’une nouvelle route, mais d’une ancienne voie que l’on améliore et que l’on élargit», dit-il. Nous montrant la route de plus près, il fait remarquer qu’elle n’a pas plus de trois mètres de largeur, même après les travaux. Mais on ne peut que constater qu’une route latérale apparemment nouvelle a été creusée à même la colline jusqu’à rejoindre l’axe principal. Il n’est pas clair où elle mène. «En fait, il s’agissait surtout de relier deux routes entre elles pour desservir cette zone, poursuit Tony Akiki. La construction de cette route ne transgresse aucune loi, nous ne pouvons l’empêcher, d’autant plus qu’elle bénéficie d’un décret présidentiel.» Un décret obtenu, comme on le saura plus tard, à la demande de personnages influents. Les travaux de construction suscitent l’inquiétude de Mazen Abboud, qui craint que des explosifs n’aient été utilisés dans le processus. «Les habitants de la région ont rapporté avoir entendu le bruit d’explosions ce qui, à cette distance, pourrait nuire gravement au pont», dit-il. Interrogé sur les explosifs, le responsable municipal dément énergiquement qu’ils aient été utilisés dans la construction de la route. «Les habitants de la région ont en effet entendu des bruits d’explosifs, mais ils ne provenaient pas du tout des travaux, dit-il. Une carrière illégale a ouvert ses portes sur les confins du village voisin de Baatouta. Il y a quelques jours, tout Faqra a été secoué par une énorme explosion. Nous avons entrepris une action pour fermer cette carrière dont le propriétaire a passé une nuit en prison, avant d’être libéré, apparemment grâce à ses contacts.» Signalons que, selon d’autres habitants de la région qui ont voulu rester anonymes, cette carrière se trouverait dans le périmètre de Kfardebiane et non de Baatouta. Ils se demandent donc si l’attitude de la municipalité ne serait pas «ambiguë». Mais Tony Akiki insiste: «Nous faisons assumer au ministère de l’Environnement tout dégât occasionné au pont ou à n’importe quel autre site du fait de l’utilisation de ces explosifs.» Interrogé sur cette carrière, le ministre de l’Environnement, Nazem el-Khoury, déclare n’avoir pas été tenu au courant de cette affaire, mais assure qu’«aucun permis de carrière n’a été octroyé depuis que j’ai pris en charge ce ministère et, par le fait même, le Haut-conseil des carrières». Élargir la zone tampon Pour ce qui est de la route, les écologistes ne partagent pas l’opinion de Tony Akiki sur le fait qu’il s’agit d’une construction banale. «La route, si elle est élargie, ouvrira la voie à des constructions beaucoup trop proches du pont, déplore Mazen Abboud. Les vibrations causées par les travaux auront un impact négatif sur tout l’écosystème. Il n’y a d’autre solution que de transformer cette zone en réserve naturelle. L’État devrait exproprier tous les terrains aux alentours du pont. D’ici là, j’en appelle à la Direction générale de l’urbanisme (DGU) afin qu’elle mette la zone entière sous étude, ce qui empêcherait les constructions.» D’autres personnes comme Janine Somma, sensibles à cette cause, sont du même avis: il faut transformer toute la région en réserve naturelle et élargir la zone tampon autour du pont. Interrogé sur la possibilité de créer une réserve naturelle à cet endroit, le ministre Nazem el-Khoury évoque un problème plus vaste concernant la création de réserves naturelles dans le pays. «En tant que ministère, nous avons élaboré un projet de loi sur les réserves naturelles qui n’est pas encore passé en Conseil des ministres, dit-il. Il n’y a pas actuellement de loi sur les réserves, ce qui représente une contrainte pour nous. Les sites classés réserve naturelle ont bénéficié, jusque-là, de lois spécifiques. Quant au site de Faqra, il faut le mettre sous étude si l’on veut envisager un éventuel classement.» La municipalité, quant à elle, ne semble pas étrangère à l’idée d’une protection du site. Tony Akiki assure qu’elle a milité pour un changement de zonage dans la région, en vue d’obtenir un taux de construction de 0% autour du pont. «Nous n’avons pas encore obtenu de réponse», ajoute-t-il. Le pont de Faqra avait été sauvé de justesse, quelques années plus tôt, d’un projet de construction qui le visait directement. Les écologistes craignent de ne pouvoir continuer à préserver ce joyau naturel si les lois ne le protègent pas des projets des promoteurs et du désir des propriétaires terriens de jouir d’une vue inégalable.

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